Hommage à la reine Marie-Thérèse

Hommage à la reine Marie-Thérèse

  • Les honneurs funèbres rendus à la mémoire de la reine l’an 1683, Paris, 1684

    LANGLOIS Nicolas (1640 - 1703)

  • Les regrets de toute l’Europe sur la mort de Marie-Thérèse d’Espagne, décédée le 30 juillet 1683, Paris, 1684

    JOLLAIN François (1641 - 1704)

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Titre : Les honneurs funèbres rendus à la mémoire de la reine l’an 1683, Paris, 1684

Auteur : LANGLOIS Nicolas (1640 - 1703)

Date de création : 1684

Date représentée : 4 septembre 1683

Dimensions : Hauteur 83,0 cm - Largeur 52,9 cm

Technique et autres indications : eau-forte, burin

Lieu de Conservation : Bibliothèque nationale de France (Paris) site web

Contact copyright : Domaine public © GallicaLien vers l'image

Référence de l'image : RESERVE QB-201 (171)-FT 5 - ark:/12148/btv1b6945493j

Les honneurs funèbres rendus à la mémoire de la reine l’an 1683, Paris, 1684

© Domaine public Gallica

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Titre : Les regrets de toute l’Europe sur la mort de Marie-Thérèse d’Espagne, décédée le 30 juillet 1683, Paris, 1684

Auteur : JOLLAIN François (1641 - 1704)

Date de création : 1684

Date représentée : 30/07/1683

Dimensions : Hauteur 79,9 cm - Largeur 52,3 cm

Technique et autres indications : eau-forte, burin

Lieu de Conservation : Bibliothèque de l'Institut site web

Contact copyright : RMN-Grand Palais (Institut de France) / Gérard BlotLien vers l'image

Référence de l'image : FOLAA66P-T1-page92 - 07-521884

Les regrets de toute l’Europe sur la mort de Marie-Thérèse d’Espagne, décédée le 30 juillet 1683, Paris, 1684

© RMN-Grand Palais (Institut de France) / Gérard Blot

Date de publication : septembre 2020

Université d'Evry-Val d'Essonne

Contexte historique

La mort d’une reine

Alors qu’un almanach imprimé pour l’année 1683 représentait Les réjouissances universelles sur l’heureuse naissance de monseigneur le duc de Bourgogne (6 août 1682), premier petit-fils de Louis XIV, l’année suivante, c’est un drame familial qui est au cœur des représentations. Le vendredi 30 juillet 1683, la reine Marie-Thérèse meurt à Versailles à l’âge de 44 ans. Pendant le règne de Louis XIV, selon l’historienne de l’art Audrey Adamczak, ce genre éditorial est plébiscité par le microcosme éditorial parisien : « C’est avec le règne personnel de Louis XIV que l’almanach illustré connaît véritablement son apogée. Plus de 500 de ces scènes ancrées dans l’actualité accompagnant le calendrier d’une année sont éditées entre 1661 et 1716. » Ces supports peu coûteux qui s’adressent à un large public sont souvent qualifiés d’Almanachs royaux par leurs producteurs, afin d’augmenter les ventes. Ce montage est fréquent, car les gravures sont alors réalisées sur des plaques de cuivre de taille réduite.

Analyse des images

Le temps du deuil

Contrairement aux premiers almanachs qui se concentraient sur le calendrier, ces deux exemplaires font la part belle à l’image. Elle est omniprésente et seule une fenêtre réduite est réservée au calendrier imprimé en noir et rouge. Celui-ci comprend les phases de la lune, les mois, les saints et les fêtes religieuses. Avec Jollain, l’attention se dirige vers le souverain. Louis XIV siège en majesté, en haut au centre de l’image. Il est assis sur son trône, porte la couronne, le manteau du sacre, les ordres de chevalerie, le sceptre et la main de justice. Cinq femmes et cinq hommes se répartissent à sa droite et à sa gauche, dont le Grand Dauphin et Monsieur, son frère. Le souverain reçoît les condoléances des nations européennes : Les regrets de toute l’Europe sur la mort de très haute, très puissante, et très vertueuse princesse Marie-Thérèse d’Espagne, reine de France et de Navarre, décédée le 30 juillet 1683. Huit allégories féminines incarnent les principaux alliés de la France ou les États attachés à la mémoire familiale de Marie-Thérèse d’Autriche. Ainsi, l’Empire, terre d’origine des Habsbourg et la maison d’Espagne, terre natale de la reine, sont placées au premier rang, dans une attitude éplorée. Elles sont entourées par l’Angleterre, la Bavière, Venise, la Toscane, la Savoie et un État non légendé. Toutes ces figures arborent une couronne ou la corne ducale représentative du doge de Venise. Le portrait de la défunte couronnée par l’Immortalité est inséré dans la partie inférieure de l’image. D’autres vignettes évoquent le convoi funèbre vers la basilique de Saint-Denis, les décorations intérieures de la nécropole royale et le chœur de Notre-Dame de Paris.

L’almanach de Langlois ne représente pas le roi, mais se concentre sur les pompes funèbres, avec une composition chargée et sombre qui sied bien aux rituels du deuil : Les honneurs funèbres rendus à la mémoire de la reine l’an 1683. Un portrait en médaillon de la défunte, seulement inversé par rapport à celui de Jollain, est porté par trois putti au sommet de l’image. L’illustration principale concerne le mausolée édifié pour le service divin célébré à Notre-Dame de Paris le 4 septembre. Entre celle-ci et l’almanach, une vignette représente également le convoi funèbre jusqu’à Saint-Denis. Sur les marges, une douzaine de petites vignettes traite des grands événements funéraires : décoration de l’entrée du chœur de Saint-Denis, mausolée et service de Saint-Denis, chapelle ardente de Versailles, mausolées de Notre-Dame du Havre, de Notre-Dame-de-Nazareth à Aix, des Célestins d’Avignon, des abbayes Saint-Germain à Paris, Saint-Rémy à Reims et Saint-Corneille à Compiègne, appareil funéraire du collège Louis le Grand, service de Saint-Jean-en-Grève à Paris, dépôt du cœur de la reine au Val-de-Grâce.

Interprétation

La mise en scène des funérailles

Ces almanachs puisent déjà dans les ressorts de la « mort-spectacle » évoquée par l’historien Joël Cornette pour le décès de Louis XIV. Dans les jours qui suivent la mort de la reine, les funérailles sont organisées par les Menus-Plaisirs, une administration rattachée au secrétariat d’État à la Maison du roi. Cette charge est assurée par Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) depuis 1665, mais le ministre d’État, déjà malade, meurt le 6 septembre 1683, soit une double perte pour le roi en quelques semaines. Jean-Baptiste Colbert de Seignelay (1651-1690), fils du ministre, dirige les préparatifs longuement décrits dans la livraison d’août 1683 du Mercure galant. Immédiatement après la mort de la reine, le roi gagne le château Saint-Cloud avec son frère, car le protocole lui interdit de prendre part à des obsèques. Le corps de Marie-Thérèse est exposé, autopsié et embaumé. S’en suivent de nombreuses messes, des prières, le dépôt de son cœur au Val-de-Grâce et la procession nocturne jusqu’à la nécropole royale de Saint-Denis. Les deux almanachs représentent un long convoi escorté douze heures durant par les gardes du roi et cinq demoiselles d’honneur choisies pour faire le deuil. Il n’y a pas de différence notable entre les deux représentations, hormis la légende ajoutée par Langlois.

Les services funèbres, l’oraison prononcée par Bossuet le 1er septembre et les figures allégoriques des almanachs insistent unanimement sur les vertus de la reine défunte : la piété, la charité, l’immortalité. Plusieurs cénotaphes monumentaux sont également édifiés à travers le royaume. En la cathédrale Notre-Dame de Paris, c’est l’archevêque qui assure le service divin du 4 septembre auquel assiste les membres de la famille royale et les principaux représentants de la monarchie. Quinze groupes de personnages sont ainsi recensés dans la légende produite par Langlois.

Au-delà de l’événement funeste, les placards mettent en scène la figure du roi, sa famille et les grands acteurs du royaume que le public croise très rarement. En ce sens, les almanachs « royaux » constituent une source d’information politique, au point que les thèmes traités seraient suggérés, voire subventionnés par des agents du pouvoir royal. Cette image d’actualité permet aussi de faire passer des messages politiques, comme la posture des États européens qui confine à un hommage au plus grand souverain d’Europe. La représentation apologétique du roi renforce l’idée d’une soumission à sa personne. Planifié sur de nombreux mois, le temps du deuil est écourté. Dès le mois d’octobre, Louis XIV épouse en secret sa favorite, Madame de Maintenon (1635-1719), l’ancienne surintendante de la Maison de la Reine

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  • Bossuet (Jacques-Bénigne)
  • Colbert (Jean-Baptiste)
  • Maintenon (Françoise d’Aubigné, marquise de)
  • Val-de-Grâce
  • Louis de France (Grand Dauphin)
  • Orléans (d') Philippe (frère de Louis XIV)
  • Colbert de Seigneulay (Jean-Baptiste)

Bibliographie

Le roi est mort : Louis XIV – 1715, Catalogue de l’exposition du Musée national du château de Versailles (26 octobre 2015-21 février 2016), Paris, Tallandier, RMN, 2015.

Audrey ADAMCZAK, Les almanachs gravés sous Louis XIV : une mise en images des actions remarquables du roi , Littératures classiques, 2011/3, n°76, p. 63-70.

Joël CORNETTE et Anne-Marie HELVÉTIUS (dir.), La mort des rois : De Sigismond (523) à Louis XIV (1715), Vincennes, Presses universitaires de Vincennes, 2017

John GRAND-CARTERET, Les almanachs français, bibliographie-iconographie, 1600-1895, Paris, J. Alisié et Cie, 1896.

Alexandre MARAL et Thierry SARMANT, Louis XIV : L’univers du Roi-Soleil, Paris, Tallandier, 2014.

Brigitte de MONTCLOS (éd.), Almanachs parisiens (1661-1716), Catalogue de l’exposition du Musée Carnavalet (Paris et les Parisiens au temps du Roi Soleil, novembre 1997-janvier 1998), Paris, Association Paris-Musées, 1997.

Maxime PRÉAUD, Les effets du soleil : almanachs du règne de Louis XIV (XVIIe exposition de la Collection Edmond de Rothschild, Paris, Musée du Louvre, 19 janvier-17 avril 1995), Paris, Réunion des musées nationaux, 1995

Pour citer cet article

Stéphane BLOND, « Hommage à la reine Marie-Thérèse »

Glossaire

  • apologie : Discours ou écrit ayant pour objet de défendre, de justifier, de faire l'éloge d'une personnalité
  • oraison funèbre : Discours prononcé lors de funérailles qui fait l'éloge du défunt. Connu depuis l'antiquité, les "Oraisons funèbres" de Jacques-Bénigne Bossuet sont célèbres et considérées comme des oeuvres littéraires

  • Video: Funerailles de la Reine Mary de Henry PURCELL Ensemble Choral de Vincennes