Une femme force les portes de l’Académie

Une femme force les portes de l’Académie

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Titre : La Paix ramenant l'Abondance

Auteur : VIGÉE LE BRUN Élisabeth Louise (1755 - 1842)

Date de création : 1780

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 102,5 cm - Largeur 132,5 cm

Technique et autres indications : huile sur toile

Lieu de Conservation : musée du Louvre (Paris) site web

Contact copyright : © RMN – Grand Palais (musée du Louvre) / Philippe Fuzeau

Référence de l'image : 15-531328 / INV. 3052

La Paix ramenant l'Abondance

© RMN – Grand Palais (musée du Louvre) / Philippe Fuzeau

Date de publication : octobre 2015

Contexte historique

L’Académie royale de peinture et de sculpture est fondée sur mandat royal en 1648. Elle constitue l’un des socles institutionnels sur lesquels repose la politique culturelle de Louis XIV pour glorifier la grandeur de la France. L’ambition de l’Académie est de former et rassembler les meilleurs artistes du royaume, dont les plus doués sont nommés académiciens, un titre prestigieux garantissant succès et commandes.

Au XVIIIe siècle, l’Académie reste l’institution incontournable pour tout artiste masculin ambitieux. Outre les fortes résistances masculines à une présence féminine dans les rangs académiques, la principale explication avancée concerne l’enseignement dispensé, interdit aux jeunes filles pour une raison morale : le cœur de la formation reposant sur l’étude du corps masculin d’après nature, il était inconcevable qu’une femme puisse assister aux cours où posaient nus les modèles.

La question de l’admission des femmes commence cependant à se poser avec acuité à partir du milieu du siècle, avec l’émergence d’une génération de « peintresses » – selon la terminologie de l’époque – dont le talent incontestable rend difficilement justifiable leur rejet au titre d’académiciennes. Si les cours restent fermés au « sexe faible », plusieurs autres admissions suivront, dont le caractère exceptionnel n’en est pas moins significatif de l’évolution des mentalités. On compte notamment, en 1783, les deux plus grandes femmes artistes de leur temps : Adélaïde Labille-Guiard (1749-1803) et la portraitiste de la reine elle-même, Élisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842). Cette dernière peint en 1780 La Paix ramenant l’Abondance. Il s’agit du morceau de réception à l’Académie, c’est-à-dire l’œuvre par laquelle le postulant faisait la démonstration de son talent auprès de ses futurs pairs.

Analyse des images

Ce tableau est une allégorie représentant la Paix ramenant l’Abondance, thème conventionnel au traitement convenu, atypique dans l’œuvre de l’artiste. La Paix, vêtue d’une tunique brune et d’un manteau bleu, porte ses attributs traditionnels : la couronne de laurier et le rameau d’olivier. L’Abondance prend l’apparence d’une radieuse beauté aussi blonde que son vêtement et les blés qu’elle tient à la main, à côté de sa traditionnelle corne remplie de fruits.

L’artiste démontre ici la qualité de sa touche, notamment dans la représentation des tissus. Elle a intégré la leçon des chairs sensuelles de Pierre Paul Rubens (1577-1640), l’un des peintres qu’elle admire, et surtout l’influence de l’école française, celle de Simon Vouet (1590-1649) notamment, dont on trouve l’écho dans l’harmonie des couleurs acides et l’ampleur des drapés.

Interprétation

Le morceau de réception était un exercice très codifié. Loin d’être libre, le choix de son sujet répondait à la « hiérarchie des genres », qui classifiait alors par degrés de noblesse les thèmes peints. Au sommet de la pyramide se trouvait le genre le plus prisé : la grande peinture d’histoire, dont l’une des variantes était l’allégorie. L’Académie pourvoyait à la formation des élèves dans le domaine de la mythologie et de l’histoire antique et biblique, qui fournissaient les principaux sujets de peinture d’histoire.

En présentant une allégorie comme morceau d’admission, Vigée Le Brun fait donc un choix symbolique. Non seulement l’artiste entend démontrer son savoir alors qu’elle n’a pas pu suivre en tant que femme l’enseignement académique, mais elle prouve aussi qu’elle peut égaler ses confrères masculins sur leur propre terrain.

Fruit de longues tractations, l’admission de Vigée Le Brun ne se fit d’ailleurs pas sans résistances. Le fait d’avoir été nommée « sur ordre », c’est-à-dire après l’intervention des souverains en personne, pesa sur sa crédibilité, ternissant de l’ombre du favoritisme un talent que lui reconnaîtront pourtant pleinement le public comme la critique des Salons où s’exposent ses œuvres.

  • allégorie
  • Académie des Beaux-Arts
  • peintres
  • femmes

Bibliographie

BAILLIO Joseph, SALMON Xavier (dir.), Élisabeth Louise Vigée Le Brun, cat. exp. (Paris, New York, Ottawa, 2015-2016), Paris, Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2015.BONNET Marie-Josèphe, Liberté, Égalité, Exclusion : femmes peintres en révolution (1770-1804), Paris, Vendémiaire, coll. « Révolutions », 2012.HAROCHE-BOUZINAC Geneviève, Louise Élisabeth Vigée Le Brun : histoire d’un regard, Paris, Flammarion, coll. « Grandes biographies », 2011.PITT-RIVERS Françoise, Madame Vigée Le Brun, Paris, Gallimard, 2001.

Pour citer cet article

Emilie FORMOSO, « Une femme force les portes de l’Académie »

Glossaire

  • Académie des beaux-arts : Créée en 1816 par la réunion de l’Académie de peinture et de sculpture, fondée en 1648, de l’Académie de musique, fondée en 1669 et de l’Académie d’architecture, fondée en 1671. Institution qui rassemble les artistes distingués par une assemblée de pairs et travaillant le plus souvent pour la couronne. Elle définit les règles de l’art et du bon goût, forme les artistes, organise des expositions.

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