Emblème de l'escadrille La Fayette

Emblème de l'escadrille La Fayette

Insigne à la tête de Sioux.

© Photo RMN-Grand Palais - C. Jean

Date de publication : novembre 2007

Contexte historique

Dès 1914, en dépit de la neutralité affichée des Etats-Unis dans le conflit qui oppose les Alliés aux Empires centraux, de nombreux volontaires américains souhaitent s’engager et lutter contre l’Allemagne aux côtés de la France. Consciemment ou non, ils reproduisent le geste du marquis de La Fayette offrant son aide aux « insurgents » en 1777, lors de la guerre d’indépendance. Les exploits des quarante-trois pilotes de l’escadrille - dont neuf sont morts au combat - entretiennent la légende de cette unité et sont largement commentés dans la presse américaine.

Analyse des images

L’armée de l’air possède une forte identité qui repose sur des traditions nées avec la Première Guerre mondiale. Les drapeaux, fanions et insignes que se transmettent fidèlement les unités constituent toute une symbolique de l’aéronautique militaire et marquent le lien entre les pionniers de la Grande Guerre et les aviateurs d’aujourd’hui.
La nécessité opérationnelle d’identification des appareils conduit à marquer les avions d’insignes d’unités, bientôt adoptés par les aviateurs eux-mêmes : chaque escadrille se reconnaît désormais à une figure qu’elle a choisie et qui devient son emblème. En dehors de toute réglementation, les insignes naissent d’initiatives spontanées, individuelles ou collectives.
Ainsi, en décembre 1916, le capitaine Thénault choisit comme insigne de l’Escadrille La Fayette la tête d’indien séminole, symbole de force, de combativité et de courage. C’est la copie de celle qui, à l’origine, ornait les caisses de fusils Remington. Harold Buckley Willis donne la dernière touche au modèle peint par le mécanicien Suchet et Raoul Lufbery y ajoute la croix gammée, qui était à l'époque un symbole porte bonheur.
La conception de l’insigne n’est donc pas le fruit du hasard, encore moins de la fantaisie : elle est riche de sens. La cigogne, que l’on trouve souvent, rappelle l’un des buts de cette guerre : reprendre l’Alsace. Voler revêtu de la cigogne ou de la croix de Lorraine, c’est déjà se réapproprier les provinces perdues et rendre l’espoir aux compatriotes qui subissent le joug de l’occupation allemande.

Interprétation

Au début de la Première Guerre mondiale, Blaise Cendrars (1887-1961), un écrivain français d’origine suisse, fit paraître dans la presse un manifeste appelant les étrangers résidant en France à s’engager dans l’armée française. Parmi eux, de jeunes Américains, épris de liberté, habités par l’esprit d’aventure, étaient prêts à en découdre en s’engageant aux côtés de la France, mais les Etats-Unis n’étaient pas encore en guerre contre l’Empire allemand et tout citoyen américain se mettant au service d’une puissance étrangère perdait de facto ses droits et sa nationalité. Sur les conseils de l’ambassadeur des Etats-Unis en France, ces jeunes Américains tournèrent la difficulté en s’engageant dans la Légion étrangère ou dans les services ambulanciers volontaires avant de participer à la guerre aérienne. C’est un jeune Américain de vingt-sept ans, Norman Prince, diplômé de Harvard, qui est à l’origine de l’Escadrille La Fayette. Il souhaitait composer une unité uniquement composée de pilotes américains. Les exploits de cette unité suscitèrent de vives protestations de la part des autorités allemandes qui considéraient que l’existence de cette escadrille « américaine » était la preuve évidente de la rupture de la neutralité des Etats-Unis. C’est pour éviter d’éventuels problèmes avec Washington que l’état-major français décida de baptiser cette unité « Escadrille La Fayette ».
L’Escadrille La Fayette cessa d’exister dans sa forme originale le 18 février 1918. Elle devint alors la N 103, la première escadrille de chasse américaine.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’escadrille N 124 « Sioux » fut intégrée au groupe de chasse 2/5 et combattit aux côtés des unités SPA 167 « Cigognes » et SPA 160 « Diable rouge ».
Devenu l’Escadron de chasse 2/4 le 1er juillet 1947, le groupe « La Fayette » participa aux guerres d’Indochine et d’Algérie. Basé à Luxeuil depuis 1961, l’actuel Escadron de chasse 02.004 « La Fayette » est opérationnel sur Mirage 2000 N depuis 1989.

  • aviation
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  • Guerre de 14-18
  • intervention américaine
  • escadrille Lafayette
  • La Fayette (marquis de)
  • guerre d'indépendance américaine

Bibliographie

Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.Catalogue de l’exposition présentée à l’Hôtel de Ville de ParisLe diable, la cigogne et le petit lapin, 1914-1918 - Les aviateurs inventent une héraldique nouvelleParis, 2004.Jean GISCLONChasseurs au groupe La Fayette, 1916-1945Nel, Paris, 1997.Jean GISCLONLes As de l’Escadrille La FayetteHachette, Paris, 1976.Jean GISCLONL’Escadrille La Fayette, de l’Escadrille La Fayette au La Fayette Squadron, 1916-1945France Empire, Paris, 1975.« L’Escadrille La Fayette »in Revue Icare n° 158 (1996) et n° 160 (1997) Lieutenant colonel Georges THÉNAULTL’Escadrille La Fayette, de l’histoire à la légende (avril 1916 - janvier 1918)Hachette, Paris, 1939.

Pour citer cet article

Alain GALOIN, « Emblème de l'escadrille La Fayette »


Video: LHistoire de lEscadrille La Fayette pendant la Première guerre mondiale