David et l'impossible portrait de Napoléon

David et l'impossible portrait de Napoléon

  • Portrait de Napoléon Ier en costume impérial.

    DAVID Jacques Louis (1748 - 1825)

  • Étude de Tête pour un portrait de Napoléon Ier en costume de Sacre.

    DAVID Jacques Louis (1748 - 1825)

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Titre : Portrait de Napoléon Ier en costume impérial.

Auteur : DAVID Jacques Louis (1748 - 1825)

Date de création : 1805

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 57 - Largeur 49,5

Technique et autres indications : Huile sur bois

Lieu de Conservation : Palais des Beaux-Arts de Lille site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais - P. Bernardsite web

Référence de l'image : 99-011927 / Inv.P.438

Portrait de Napoléon Ier en costume impérial.

© Photo RMN-Grand Palais - P. Bernard

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Titre : Étude de Tête pour un portrait de Napoléon Ier en costume de Sacre.

Auteur : DAVID Jacques Louis (1748 - 1825)

Date de création : 1805

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 60 - Largeur 52

Technique et autres indications : Huile sur toile

Lieu de Conservation : Bibliothèque Thiers site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais - C. Jean

Référence de l'image : 89-002118 / T184

Étude de Tête pour un portrait de Napoléon Ier en costume de Sacre.

© Photo RMN-Grand Palais - C. Jean

Date de publication : janvier 2012

Contexte historique

David, premier peintre de l’empereur mais pas son premier portraitiste.

Avec la proclamation de l’Empire en 1804, Jacques Louis David (1748-1825), maître incontesté de l’école de peinture française, peut espérer de nombreuses commandes officielles et de nouveaux honneurs. En septembre 1804, Napoléon l’invite à représenter son sacre, prévu le 2 décembre, puis le 18 du même mois, le nomme son premier peintre.

Il revient à Charles-François Lebrun (1739-1824), ancien consul devenu architrésorier de l’Empire, de commander en août 1805 à David son premier portrait officiel de l’Empereur revêtu du costume impérial. Nommé temporairement gouverneur général de la République ligure, Lebrun doit alors réunir ces territoires à la France en trois départements : de Gênes, de Montenotte et des Appenins. Ce portrait est doublement urgent : d’une part, la cour d’appel de Gênes a besoin d’une image officielle du nouveau souverain pour sa salle d’audience, et, d’autre part, l’œuvre servira à la peinture de répliques destinées aux deux autres tribunaux créés dans les préfectures de Savone et Chiavari. Lebrun souhaite donc une représentation de l’Empereur « en pied avec le costume impérial, le sceptre et la main de justice ». Napoléon accepte que les tableaux soient commandés à David et financés sur sa liste civile.

En septembre, David en a déjà réalisé une esquisse, sans aucun doute la première œuvre étudiée ici et conservée aujourd’hui au Palais des Beaux-Arts de Lille. Le 2 juillet, il est apporté au palais de Saint-Cloud pour être présenté à l’Empereur qui le refuse, déclarant même que « c’est un portrait si mauvais, tellement rempli de défauts, que je ne l’accepte point et ne veux l’envoyer dans aucune ville, surtout en Italie, où ce serait donner une bien mauvaise idée de notre école ». L’œuvre repart directement dans l’atelier de David, puis l’on perd sa trace.

Mais la commande n’est pas annulée pour autant. Mais la commande pour Gênes reviendra finalement à Robert Lefèvre, peintre qui, comme François Gérard (élève de David), avait entretemps réalisé des effigies ayant emporté l’adhésion de l’Empereur et pouvant servir de portrait officiel.

Analyse des images

Hiératisme et simplicité

David esquisse d’abord une représentation de l’Empereur debout devant un trône posé sur une estrade. L’image est frontale, mais la tête et le regard de l’Empereur sont tournés vers sa droite. Napoléon est vêtu du grand costume impérial, avec sa tunique blanche brodée d’or recouverte du manteau de velours rouge et d’hermine à col d’hermine. La tête ceinte de la couronne de laurier en or, il porte le grand collier de la Légion d’honneur et tient le sceptre à l’aigle impériale dans sa main droite, la main de justice dans celle de gauche (ce sont les emblèmes dits « des honneurs »). L’Empereur pose sous un vaste baldaquin aux amples draperies. L’ensemble (décor et posture) apparaît hiératique, et Napoléon semble comme engoncé dans son costume de sacre.

Dans le second portrait élaboré par David, Napoléon est toujours de face, la tête tournée vers la droite. Son regard se porte dans la même direction et le lointain, mais les traits apparaissent plus paisibles, et l’image moins grandiloquente. Le visage est mis en valeur par le col en hermine, par la cravate de dentelle, par la couronne de laurier en or et surtout par un original fond noir qui trahit le caractère d’étude de l’œuvre.

Interprétation

David, premier peintre sans portrait officiel

Des dessins de David prouvent que son premier portrait est concomitant avec l’élaboration de sa série de toiles dédiée au sacre et plus précisément à celle – non réalisée – qui devait représenter l’intronisation. Il s’agirait plutôt ici du moment suivant le serment constitutionnel, lorsque l’Empereur quitte son trône et reprend la main de justice et le sceptre (emblème dont Lebrun a la charge durant la cérémonie).

On ne sait pas exactement pourquoi cette première représentation n’a pas plu à l’Empereur : un élève de David (George Devillers, auteur d’un maladroit Napoléon en costume de Sacre aujourd’hui conservé à la Cour des comptes) aurait un peu gâché l’œuvre, et le maître n’aurait pas réussi à la reprendre ; David agaçait aussi le pouvoir par ses prix trop élevés (il demandait 31 000 F pour les trois portraits et beaucoup trop pour ses tableaux du sacre) ; l’image aurait aussi pu apparaître trop hiératique…

La seconde version réalisée par David apparaît justement plus simple, moins pompeuse (grâce à l’abandon du décor environnant, à l’adjonction d’un siège pour porter les emblèmes impériaux et contrebalançant le trône placé, cette fois-ci, de biais et en retrait). La figure de l’Empereur semble plus calme, comme le prouve la tête présentée ici. Peinte en 1807, cette œuvre s’inspire du portrait de Napoléon le plus connu et le plus diffusé : celui où Gérard l’a représenté en costume de sacre, qui date de 1805.

Le second projet servit toutefois à David dès 1808 pour peindre un portrait commandé par Jérôme Napoléon, frère cadet de l’Empereur et roi de Westphalie. Il aurait cependant été exposé inachevé au Salon du Louvre de la même année et disparaît par la suite. Ce qui aboutit à un paradoxe flagrant : il n’existe pas de portrait officiel grandeur nature de Napoléon par son premier peintre.

  • Bonaparte (Napoléon)

Bibliographie

SCHNAPPER Antoine, Jacques-Louis David : 1748-1825, catalogue d’exposition, Paris, Musée du Louvre, Département des peintures, Versailles, Musée national du château, 26 octobre 1989-12 février 1990, Paris, Réunion des musées nationaux, 1989 BORDES Philippe, Jacques-Louis David : Empire to Exile, catalogue d’exposition, Los Angeles, the J.Paul Getty Museum, février – avril 2005, Williamstown, Sterling and Francine Clark Art Institute, juin – septembre 2005, New Haven, Yale University Press, c.2005 LAVEISSIERE Sylvain, Le Sacre de Napoléon peint par David, catalogue d’exposition, Paris, Musée du Louvre, 21 octobre 2004-17 janvier 2005, Paris, Louvre ; Milan, 5 Continents, 2004

Pour citer cet article

Guillaume NICOUD, « David et l'impossible portrait de Napoléon »


Video: À VENIR EN AMÉRIQUE: Napoléon franchissant les Alpes par Jacques-Louis David