Les Croisières de Citroën : publicité et colonialisme dans l'entre-deux-guerres

Les Croisières de Citroën : publicité et colonialisme dans l'entre-deux-guerres

Accueil › Etudes › Les Croisières de Citroën : publicité et colonialisme dans l'entre-deux-guerres

  • Autochenille Citroën de la Croisière noire.

  • « Une visite à l’exposition de la Croisière noire ».

    BESSE

  • La croisière noire, film de l'exposition Citroën-Centre-Afrique.

    DE SMET F.

Fermer

Titre : Autochenille Citroën de la Croisière noire.

Auteur :

Date de création : 1920

Date représentée : 1922

Dimensions : Hauteur 0 - Largeur 0

Lieu de Conservation : Musées et domaine nationaux de Compiègne site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet

Référence de l'image : 90CE5325/CMV 1986

Autochenille Citroën de la Croisière noire.

© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet

Fermer

Titre : « Une visite à l’exposition de la Croisière noire ».

Auteur : BESSE ( - )

Date de création : 1926

Date représentée : 1926

Dimensions : Hauteur 0 - Largeur 0

Lieu de Conservation : Musée du Quai Branly - Jacques Chirac site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzisite web

Référence de l'image : 98CE1422

« Une visite à l’exposition de la Croisière noire ».

© Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi

Fermer

Titre : La croisière noire, film de l'exposition Citroën-Centre-Afrique.

Auteur : DE SMET F. ( - )

Date de création : 1926

Date représentée : 1926

Dimensions : Hauteur 0 - Largeur 0

Lieu de Conservation : Musée du Quai Branly - Jacques Chirac site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzisite web

Référence de l'image : 00DE835/4934 fol. GMH 10

La croisière noire, film de l'exposition Citroën-Centre-Afrique.

© Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi

Date de publication : mars 2016

Contexte historique

La Croisière noire, relevant à la fois de l’aventure coloniale, du raid automobile et de l’opération publicitaire, est née de la volonté d’un homme, André Citroën. Enfin, la Croisière blanche se déroule en 1934 sur le continent nord-américain qu’elle parcourt de Chicago à l’Alaska.

Analyse des images

Les aventuriers voyagent à bord de véhicules « tout-terrain » construits par les usines d’André Citroën et pour lesquels celui-ci a acquis en 1920 un brevet de chenilles en caoutchouc. Les différentes Croisières ont pour objectif de tester le véhicule et, plus généralement, de populariser les voitures de la marque aux chevrons. L’autochenille de 10 CV représentée ici avec une remorque est imposante ; pendant la traversée du Sahara en 1922, elle roule à une vitesse variant entre 5 et 20 km/h selon les terrains et consomme 30 litres aux cent kilomètres ! On la retrouve à l’arrière-plan d’une affiche, derrière un indigène hiératique vêtu d’une sorte de jupette. L’artiste a traité le sujet avec un schématisme délibéré : le personnage est représenté de manière stylisée et presque naïve, comme s’il s’agissait d’une figurine ; le paysage, avec ses deux palmiers, semble un décor de théâtre ; l’image est entourée de motifs géométriques. L’affiche du film La Croisière noire montre une femme noire vue de profil, au visage démesurément étiré et à la coiffure invraisemblable : ici, le dessin est au contraire outrancier, ce qui en fait une caricature d’un goût douteux. Le film, dont la première eut lieu à l’Opéra, est à la fois une publicité pour les autochenilles et un témoignage sur des civilisations exotiques. Projeté aux enfants des écoles, admiré par Hergé qui s’en inspira dans Tintin au Congo, il connut un très vif succès.

Interprétation

Si Citroën eut d’autres coups de génie (comme l’illumination de la Concorde, de l’Arc de triomphe et de la tour Eiffel), les Croisières constituent ses « plus beaux fleurons publicitaires ». Elles permirent de faire connaître ses véhicules, mais aussi de vanter la qualité d’un matériel résistant à des conditions extrêmes (ce qui n’empêcha pas Citroën de déposer son bilan en 1934). Par leur esthétique et leurs objectifs, ces affiches témoignent des préjugés colonialistes en vigueur dans la France des années 1920 et 1930. En 1924, Le Matin célèbre la Croisière noire en titrant : « Le tourisme au pays de la peur et de la soif ». L’empire colonial, en effet, a acquis dans l’économie et l’imaginaire nationaux une place cruciale : la part qu’il représente dans le commerce français passe de 13 % en 1913 à 27 % en 1933, les liaisons aériennes entre l’Europe et l’Afrique deviennent régulières, le patriotisme des soldats africains pendant la Grande Guerre est légendaire. Les expéditions de Citroën contribuent ainsi à la conquête de l’opinion, puisqu’elles suscitent, comme l’Exposition coloniale de 1931, « l’intérêt passionné d’un très large public, épris à la fois de technique, de record et d’exotisme » (Raoul Girardet, L’Idée coloniale en France de 1871 à 1962, La Table Ronde, 1972, p. 114).

  • automobile
  • croisières Citroën
  • histoire coloniale
  • exotisme
  • publicité
  • outre-mer
  • caricature
  • colonies
  • opinion publique

Bibliographie

Denise BOUCHE Histoire de la colonisation française , tome II, « Flux et reflux (1815-1962) »Paris, Fayard, 1991.Raoul GIRARDET L’Idée coloniale en France de 1871 à 1962 Paris, La Table Ronde, 1972, rééd.Hachette, coll. « Pluriel », 1995.Jacques MARSEILLE Empire colonial et capitalisme français.Histoire d’un divorce Paris, A.Michel, 1984.Krishna RENOU Les Croisières automobiles Paris, Le Livre de Paris, 1988.Fabien SABATÈS La Croisière Noire Paris, E.T.A.I., 1980.Sylvie SCHWEITZER André Citroën (1878-1935).Le risque et le défi Paris, Fayard, 1992.

Pour citer cet article

Ivan JABLONKA, « Les Croisières de Citroën : publicité et colonialisme dans l'entre-deux-guerres »


Video: Citroën pub cultissime, Visa GTi - 1988 - Pub Citroën culte de 1988 sur la Visa GTi