Courbet, peintre réaliste de la société

Courbet, peintre réaliste de la société

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Titre : L’Atelier du peintre. Allégorie réelle.

Auteur : COURBET Gustave (1819 - 1877)

Date de création : 1855

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 361 - Largeur 598

Technique et autres indications : Huile sur toile

Lieu de Conservation : Musée d'Orsay site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

Référence de l'image : 96DE10159 / RF 2257

L’Atelier du peintre. Allégorie réelle.

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

Date de publication : novembre 2007

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Courbet, peintre réaliste de la société

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Contexte historique

« C’est le monde qui vient se faire peindre chez moi »

En 1854 ou 1855, Gustave Courbet peignit un grand tableau de 6 mètres sur 3 mètres, L’Atelier du peintre. La majorité du public en fit une lecture relativement simple.

Au milieu de la toile, apparaissant dans une pose orgueilleuse, l’artiste se reculait du chevalet pour juger de son esquisse ; à quelque distance posait un modèle (était-ce une figure destinée à animer le paysage ; à côté de Courbet se tenait un petit paysan, admiratif ; une femme du monde, donnant le bras à son mari, visitait l’atelier ; des poètes, des musiciens, des amoureux devisaient ; à gauche du peintre se coudoyaient, aux yeux toujours d’un public profane mais déjà habitué aux typologies sociales (les Physiologie, Les Français peints par eux-mêmes connaissaient un grand succès), un mendiant, un juif, une femme du peuple, un croque-mort, un Hercule de foire, un braconnier… Tel était cet étonnant tableau, dont Courbet avait dit lui-même dans une lettre adressée à Champfleury : « Vous comprendrez comme vous pourrez. Pourquoi cette difficulté ? Elle tient essentiellement à deux choses : d’une part, le tableau prend une tout autre dimension dès lors que l’on y perçoit non point tant des types que des portraits ; d’autre part, L’Atelier a un sous-titre singulier – Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique –, mêlant deux termes en apparence antinomiques : Allégorie / Réalité. »

Qu’est-ce donc que cette « image » ?

Analyse des images

« C’est ma manière de voir la société dans ses intérêts et ses passions »

Le peintre a rassemblé dans son atelier le monde dans lequel il se meut, non seulement des types sociaux, mais des hommes identifiables derrière un « déguisement politique » rendu nécessaire par l’interdiction de peindre des sujets politiques. Hélène Toussaint a identifié ces personnages, parfois sans certitude.

A gauche de l’artiste, les hommes qui aux yeux de Courbet « vivent de la mort » : exploiteurs et exploités. Parmi eux, un banquier (Achille Fould, ministre des Finances de Napoléon III ?), un curé (Louis Veuillot, journaliste, directeur de L’Univers ?), un républicain de 1793, bien misérable (Lazare Carnot ?), un croque-mort (Emile de Girardin, fondateur de journaux populaires, tenu pour « fossoyeur de la République » pour avoir soutenu Louis Napoléon Bonaparte en 1851 ?), un marchand d’habits (Persigny, ministre de l’Intérieur de Napoléon III, en « commis voyageur » des Idées napoléoniennes publiées par le prince en 1839 ?) et puis un braconnier qui ressemble à Napoléon III, un chasseur, un faucheur symbolisant peut-être des nations en lutte pour leur indépendance (Italie, Hongrie, Pologne), un ouvrier, représentant du monde du travail, un Chinois… Au jeu de l’identification, on peut encore jouer, mais ces figures restent allégoriques.

A droite de l’artiste, ceux qui, toujours selon Courbet, « vivent de la vie » : non plus des allégories, mais des individualités plus aisément repérables. On distingue Baudelaire lisant, Champfleury, le critique d’art qui soutint le réalisme (également assis), le couple Sabatier, collectionneurs montpelliérains et fouriéristes militants, l’écrivain Max Buchon, Proudhon, dont Courbet est le disciple, Bruyas, le mécène de Montpellier, ainsi que des amis, des soutiens de l’artiste, comme sa sœur Juliette.
Au centre, le peintre, son modèle et les souvenirs épars de son passé. Nous avons là une sorte de Jugement dernier : les réprouvés d’un côté, les élus de l’autre, que départagerait une « religion nouvelle », celle de l’artiste ou de l’art, « religion » commune aux socialistes utopiques, aux romantiques, ainsi qu’à Proudhon, ami et confident du peintre. Courbet se définissait lui-même comme un républicain « de naissance », ayant suivi en 1840 « les socialistes de toutes sectes », à condition qu’ils défendissent un « socialisme humanitaire ».

Interprétation

D’abord un manifeste esthétique.

Ce tableau a fait couler beaucoup d’encre. Les implications politiques y sont évidentes puisque figurent sur la toile à la fois Napoléon III et Proudhon. C’est un tableau d’Histoire, en ce sens que, contrairement à la peinture de genre (nature morte, paysage, scène de la vie ordinaire), le sujet, traité dans un format majestueux, imposant, célèbre un événement majeur, ou considéré comme tel par l’artiste : sa peinture de la société, son idée de la place (centrale) de l’artiste dans cette société, son manifeste esthétique. Courbet expose en effet ici le résultat, le bilan de son travail. C’en est fini pour lui de l’académisme comme le suggère le mannequin d’atelier cloué au pilori, de ses travaux de jeunesse dont les morceaux épars gisent aux pieds du braconnier ; restent la Nature (il peint un paysage d’Ornans, reconnaissable à ses falaises, déjà présentes dans L’Enterrement à Ornans), le réel, et la place assignée à l’artiste au cœur de la société. Ce tableau-bilan est un manifeste.

  • allégorie
  • Napoléon III
  • naturalisme
  • peintres
  • réalisme
  • Second Empire
  • Proudhon (Pierre-Joseph)
  • Veuillot (Louis)
  • Carnot (Lazare)
  • Girardin (Emile de)
  • républicanisme
  • Fould (Achille)
  • Persigny (Duc Victor de)
  • utopie
  • socialisme
  • Baudelaire (Charles)
  • Champfleury

Bibliographie

Pierre GEORGEL Gustave Courbet, Le poème de la nature Paris, RMN-Découvertes Gallimard, 1995.Youssef ISHAGHPOUR « Courbet, le portrait du peintre dans son atelier » 48/14 , n° 4, printemps 1997, p. 55-63.Hélène TOUSSAINT « Le dossier de "L’Atelier" de Courbet », Exposition Gustave CourbetParis, RMN, 1977, p. 241-277.

Pour citer cet article

Chantal GEORGEL, « Courbet, peintre réaliste de la société »


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