Le corps des morts

Le corps des morts

  • Cadavre dans les barbelés.

    DIX Otto (1891 - 1969)

  • Morts devant la position de Tahure.

    DIX Otto (1891 - 1969)

  • Danse des morts.

    DIX Otto (1891 - 1969)

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Titre : Cadavre dans les barbelés.

Auteur : DIX Otto (1891 - 1969)

Date de création : 1924

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 2,4 - Largeur 2,93

Technique et autres indications : Appartient au cycle "La Guerre".Eau-forte

Lieu de Conservation : Historial de la Grande Guerre de Péronne site web

Contact copyright : © ADAGP, © Collection Historial de la Grande Guerre - Péronne (Somme) - Photo Yazid Medmoun

Cadavre dans les barbelés.

© ADAGP, Collection Historial de la Grande Guerre - Péronne (Somme) - Photo Yazid Medmoun

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Titre : Morts devant la position de Tahure.

Auteur : DIX Otto (1891 - 1969)

Date de création : 1924

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 2,4 - Largeur 2,93

Technique et autres indications : Appartient au cycle "La Guerre".Eau-forte

Lieu de Conservation : Historial de la Grande Guerre de Péronne site web

Contact copyright : © ADAGP, © Collection Historial de la Grande Guerre - Péronne (Somme) - Photo Yazid Medmounsite web

Morts devant la position de Tahure.

© ADAGP, Collection Historial de la Grande Guerre - Péronne (Somme) - Photo Yazid Medmoun

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Titre : Danse des morts.

Auteur : DIX Otto (1891 - 1969)

Date de création : 1924

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 2,93 - Largeur 2,42

Technique et autres indications : Appartient au cycle "La Guerre".Eau-forte

Lieu de Conservation : Historial de la Grande Guerre de Péronne site web

Contact copyright : © ADAGP, © Collection Historial de la Grande Guerre - Péronne (Somme) - Photo Yazid Medmoun

© ADAGP, Collection Historial de la Grande Guerre - Péronne (Somme) - Photo Yazid Medmoun

Date de publication : mars 2016

Contexte historique

Les eaux-fortes présentées ici appartiennent à un cycle de gravures intitulé « La Guerre » et réalisé par Otto Dix en 1924. L’essentiel de ce cycle a trait à la représentation des morts, corps atrocement mutilés, en phase de décomposition.

En quoi l’acte pictural sur le corps des morts contribue-t-il à révéler un traumatisme ?

Analyse des images

Avec un souci inouï du détail qu’accentue l’intensité du clair-obscur, le peintre s’attache ici à représenter la déshumanisation des corps et la bestialité de la mort : « La guerre, c’est le retour à l’animalité : la faim, les poux, la boue, ce bruit infernal… En regardant les tableaux d’autrefois, j’ai eu l’impression qu’on avait oublié un aspect de la réalité : la laideur », indiquait Dix. Il insiste tout particulièrement sur les visages et sur les mains des morts qui révèlent au mieux, l’expression de la souffrance des corps devant la mort.

La technique de la gravure à l’eau-forte, à laquelle Dix travailla dès 1920, autorise une grande variété d’effets graphiques, depuis les fines hachures, la simple esquisse des contours jusqu’aux traits plus espacés. Elle contribue ainsi à renforcer l’idée de réel donnée aux compositions : « Purifier les acides, les recouvrir d’aquatinte, bref, la technique merveilleuse grâce à laquelle on peut travailler par étapes, tout à son gré. Du coup, le travail devient suprêmement intéressant. Lorsque l’on grave à l’eau-forte, on devient un véritable alchimiste. » La gravure à l’eau-forte permet à l’artiste de se remettre à l’ouvrage dès que la planche a été recouverte en partie d’une nouvelle couche de vernis à l’asphalte.

Dix peut ainsi reconstituer les étapes de la destruction, suggérées par les degrés de mutilation des corps, en gravant de plus en plus profondément dans la matière organique du vernis comme en témoignent Cadavre dans les barbelés et Morts devant la position de Tahure. Le visage et la main du Cadavre dans les barbelés sont mutilés par des blessures d’acide noires, aux bords rongés, aussi grandes que le poing. La Danse des morts montre un amoncellement de corps et de membres de soldats tués, avec une perspective plongeante. Ils sont éclairés par une lumière vacillante qui fait ressortir de l’obscurité les corps à l’abandon. La représentation des membres disloqués acquiert une valeur esthétique propre, qui résulte de l’étrangeté des corps rendus méconnaissables par leur déformation.

Interprétation

La représentation des corps par Dix trahit l’expression du trauma. En effet, la description particulièrement détaillée qu’il en fait révèle la récurrence de sa confrontation, dans l’après-guerre, à l’événement traumatique, et témoigne ainsi d’un travail de remémorisation. Le recours à l’acte pictural autorise le peintre à une mise à distance de l’expérience traumatique, comme il l’affirmait d’ailleurs dans un entretien accordé au milieu des années 1960 : « Je me faufilais dans mes rêves à travers des ruines dans les tranchées et boyaux. Il fallait que je me débarrasse de tout cela. En fait on ne s’aperçoit pas, quand on est jeune, que dans son for intérieur on souffrait malgré tout. Car pendant de longues années, pendant au moins dix ans, j’ai rêvé sans cesse que j’étais obligé de ramper pour traverser des maisons détruites et des couloirs où je pouvais à peine avancer. Les ruines étaient toujours présentes dans mes rêves. »

Otto Dix tente de rendre compte ici de l’indicible : l’expérience visuelle des corps des morts sur le champ de bataille. Elle apparaît essentielle dans le « témoignage » du peintre, représentant l’élément constitutif de l’événement traumatique : celui du rapport récurrent avec la mort, individuelle dans Cadavre dans les barbelés, en couple avec Morts devant la position de Tahure ou collective dans la Danse des morts.

  • Allemagne
  • armée
  • batailles
  • Guerre de 14-18
  • tranchées

Bibliographie

Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

Eva KARCHER, Otto Dix, Paris, Flammarion, 1989.

Eva KARCHER, Eros und Tod im Werk von Otto Dix, Studien zur Geschichte des Körpers in den zwanziger Jahren, thèse de doctorat, Munich, 1982.

Diether SCHMIDT, Otto Dix im Selbstbildnis, Berlin, Henschelverlag, 1978.

Pour citer cet article

Sophie DELAPORTE, « Le corps des morts »


Video: Il garde le cadavre de sa femme pendant 6mois. les images sont choquantes