Constantin Brancusi, un sculpteur au travail dans son atelier

Constantin Brancusi, un sculpteur au travail dans son atelier

Brancusi travaillant à la colonne sans fin.

© ADAGP, Photo RMN-Grand Palais - G.Blot

Date de publication : février 2008

Docteur en Histoire de l'art

Contexte historique

Une œuvre de la mémoire en Roumanie

Pendant l’entre-deux-guerres, pour honorer la mémoire et le sacrifice des 9 millions de disparus de la Grande Guerre, des monuments commémoratifs furent élevés sur le territoire des nations participantes. Installé dans le quartier de Montparnasse, il travailla dans son atelier à la conception de trois œuvres destinées à la ville roumaine : La Table du silence, La Porte du baiser et La Colonne sans fin. La Colonne sans fin matérialise le souvenir des âmes défuntes et l’accès à une vérité supérieure.

Analyse des images

Brancusi au travail

Cette photographie prise au début des années 30 montre Constantin Brancusi au travail dans son atelier parisien, en pleine réalisation de La Colonne sans fin. Armé d’une scie, l’artiste en bleu de travail et le cheveu hirsute s’active dans un environnement encombré de matériaux bruts qui apparaissent comme des décombres. Cette posture contraste avec les représentations des statuaires, tels qu’ils se trouvaient encore à la même époque dans les ateliers de l’Ecole des Beaux-Arts. Brancusi opère une rupture avec la technique traditionnelle du modelage. Préférant un travail artisanal de la matière, il privilégie la taille du marbre et le travail du bois, comme un ébéniste pourrait le faire. Le sculpteur roumain ne travaillait pas devant le modèle vivant mais réfléchissait à la création de formes autonomes et organiques, flirtant avec l’abstraction. Ce genre de clichés n’est pas rare car l’artiste a beaucoup fait usage de la photographie pour se donner à voir sa propre œuvre. Son legs à l’Etat français comporte d’ailleurs un nombre très important de clichés, près de 1700 négatifs et tirages, qui attestent de son goût pour la pratique de l’image.

Interprétation

L’atelier : l’antre de la création

L’atelier de Brancusi apparaît sur ce cliché comme l’antre de sa création, le lieu où l’artiste met en place son processus créatif et donne forme à son idée. Cet espace vaste et clair semble habité d’une énergie vitale nécessaire à la gestation d’œuvres souvent monumentales. Brancusi était très attentif au dialogue des formes dans son atelier. Il avait besoin que ce lieu soit entièrement dédié à son art. Ce rôle d’incubateur nous révèle la profonde dimension symbolique de la nature du rapport entre l’artiste et son lieu. L’atelier apparaît comme la métaphore d’un monde utérin, où la vie des formes serait en devenir et préparée à naître au grand jour. Cette appréhension de l’atelier, qui est la maison de la création formelle, n’est pas éloignée de la démarche qu’opérera le sculpteur Etienne Martin dans ses Demeures quelques décennies plus tard. L’atelier de Brancusi fut reconstitué à plusieurs reprises suite au legs fait par le sculpteur à l’Etat Français dans les années 1950. La dernière en date, confiée à l’architecte Renzo Piano, jouxte le Centre Pompidou où elle est ouverte au public depuis 1997.

  • ateliers d'artistes
  • Guerre de 14-18

Bibliographie

Carnet de l’atelier BrancusiLa Colonne sans finParis, Centre Georges Pompidou, 1998.Anne-Françoise PENDERSBrancusi, la photographie ou l’atelier comme « groupe mobile »Bruxelles, La Lettre volée, 1994.Marielle TABARTL’atelier BrancusiParis, Centre Georges Pompidou, 1998.

Pour citer cet article

Claire MAINGON, « Constantin Brancusi, un sculpteur au travail dans son atelier »


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