La captivité de Jean Daligault : les bourreaux

La captivité de Jean Daligault : les bourreaux

  • Le directeur de la prison de Trèves.

    DALIGAULT Jean (1899 - 1945)

  • Gardien à Hinzert (SS à Hinzert).

    DALIGAULT Jean (1899 - 1945)

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Titre : Le directeur de la prison de Trèves.

Auteur : DALIGAULT Jean (1899 - 1945)

Date de création : 1942

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 7 - Largeur 5

Technique et autres indications : Papier journal, peinture à l'huile

Lieu de Conservation : Musée de la Résistance et de la Déportation site web

Contact copyright : © Collection Centre Pompidou, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat

Référence de l'image : 07-521365 / AM1728D(9)

Le directeur de la prison de Trèves.

© Collection Centre Pompidou, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat

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Titre : Gardien à Hinzert (SS à Hinzert).

Auteur : DALIGAULT Jean (1899 - 1945)

Date de création : 1942

Date représentée : 1942

Dimensions : Hauteur 7,1 - Largeur 4,7

Technique et autres indications : Papier journal

Lieu de Conservation : Musée de la Résistance et de la Déportation site web

Contact copyright : © Collection Centre Pompidou, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat

Référence de l'image : 07-521363 / AM1728D(7)

Gardien à Hinzert (SS à Hinzert).

© Collection Centre Pompidou, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat

Date de publication : mars 2016

Contexte historique

De Trèves à Hinzert

Prêtre, dessinateur, peintre et graveur, Jean Daligault s’engage dans la Résistance en 1940, à travers la branche caennaise du réseau « Armée Volontaire ». Datant toutes les deux de 1942 et suivant le parcours du détenu (qui quitte la prison pour le camp à ce moment), Le directeur de la prison de Trèves et Gardien à Hinzert constituent un témoignage dont le caractère exceptionnel tient à la fois au contexte, à l’auteur et aux conditions de réalisation.

Analyse des images

Les gardiens

Le directeur de la prison de Trèves est un portrait que Jean Daligault a peint à l’huile sur du papier journal – quelques mots allemands transparaissent d’ailleurs aux endroits peu couverts par la peinture. Ce portrait en buste consiste en un ensemble de traits noirs ou gris clair qui, par leur disposition, donnent un tour assez impressionniste à la représentation. Vieux, massif et sévère (les sourcils froncés, l’œil et le regard noirs, le nez pointu et presque offensif), le directeur est cependant aisément reconnaissable.

Gardien à Hinzert a lui aussi été peint sur du papier journal, comme le montre le texte allemand cette fois très présent. Mais, dans ce portrait en buste d’un S.S., les traits noirs sont plus nets et plus larges, et Daligault a privilégié les figures géométriques juxtaposées ou emboîtées. Carré (ses épaules massives barrent l’espace), le gardien en uniforme a une tête rectangulaire coiffée d’un képi en forme de losange (avec un insigne rectangulaire). Le nez (un rectangle), les oreilles (des triangles), les poches (des rectangles) et les boutons (ronds) de sa veste répondent à cette composition. Presque enfantin, le dessin aux traits pourtant réguliers montre une face caricaturale, un peu difforme, aux yeux divergents.

Interprétation

L’art malgré tout

Comme d’autres œuvres réalisées dans des situations de captivité et de violence, Le directeur de la prison de Trèves et Gardien à Hinzert expriment une mise à distance de sa condition par Daligault. Peindre lui permet de donner un sens au contexte et à la souffrance, de les dépasser pour parvenir malgré tout à l’art.
Mais il s’agit bien de rendre compte de ce réel plutôt que de le fuir. Ainsi, les deux personnages représentés ont-ils tous les attributs des dominants et des bourreaux : les corps sains et bien nourris (graisse ou muscle) s’opposent à ceux de leurs victimes, comme si l’autorité et le sentiment de sa légitimité se traduisaient aussi par ce biais (en plus de l’uniforme pour le S.S.).

Le regard noir, presque cruel, du directeur se distingue cependant de celui, inexpressif et vide, du S.S. Si le premier de ces personnages est à la fois plus complexe (dans la composition et son résultat) et plus inquiétant, le second – une masse tout en angles – se réduit à une caricature de la force brute. Peut-être Daligault a-t-il ainsi signifié le passage de la prison au camp, qui représente aussi une gradation dans la violence et l’inhumanité.

  • camp de concentration
  • déportation
  • Résistance
  • Guerre de 39-45

Bibliographie

Centenaire de la naissance de Jean Daligault, 1899-1945, Direction des Archives du Calvados, Caen, 1999.DE LA MARTINIERE, Joseph, Mon témoignage de déporté N.N., tome II : Hinzert, Paris, FNDIRP, 1989.DORRIÈRE, Christian, Cinq ans d’Enfer et Cinquante de purgatoire, tome I : Jean Daligault, une page de la résistance à Caen, Caen, 1995.DORRIERE, Christian, L’Abbé Jean Daligault - Un peintre dans les camps de la mort, Le Cerf, « Collection Epiphanie », 2001 Jean Daligault Peintures et Sculptures, introduction de Madame LORACH, Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon, éditions de la Martinière, Paris, 1996.

Pour citer cet article

Alexandre SUMPF, « La captivité de Jean Daligault : les bourreaux »


Video: La tondue de Chartres - extrait 1