Bismarck, le chancelier de fer

Bismarck, le chancelier de fer

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Titre : Voilà ce diable de MICMAK [...]

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 40,7 - Largeur 26,8

Technique et autres indications : Gravure sur bois imprimée en couleurs.Titre complet : Voilà ce diable de MICMAK en train de nettoyer la Confédération Asthmatique... et allez donc !... Vlin, Vlan !!Edité par Charles Pinot et Sagaire à Epinal.

Lieu de Conservation : MuCEM site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais - F. Rauxsite web

Référence de l'image : 07-517320

Voilà ce diable de MICMAK [...]

© Photo RMN-Grand Palais - F. Raux

Date de publication : mars 2016

Contexte historique

Chauvinisme

« Sous le Second Empire, le Kladderadatsch[1] voyait partout Napoléon III ; à tort ou à raison, nous sommes atteints de la même maladie à l’égard de Bismarck. » (John Grand-Carteret)
En 1862, Otto von Bismarck est ambassadeur à Paris lorsqu’on lui prédit une piètre carrière parce qu’il danse mal. L’Allemagne représente plus que jamais l’ennemi, le « barbare ». Et, jusqu’à sa mort en 1898, la figure du vieux chancelier avec ses moustaches tombantes et son casque à pointe n’évoluera pas.

Analyse des images

Le chancelier de fer

Dès son entrée sur la scène politique, les caricaturistes se plaisent à décrire le chancelier prussien sous les traits d’un dogue, tandis que Daumier le présente comme un « Barbe bleue prussien » s’évertuant à « occire » les Chambres du Parlement.
À Épinal, Charles Pinot, fondateur de la Nouvelle Imagerie d’Épinal et habile dessinateur, consacre quelques planches à Bismarck – dont certaines seront détruites lors de l’occupation allemande – et crée une véritable imagerie germanophobe, bien éloignée des imagiers naïfs ou religieux qui constituent le fonds de commerce des productions spinaliennes. La caricature de Pinot exploite, en les hypertrophiant, tous les attributs de la nation prussienne et de son féroce représentant : le casque à pointe, énorme, symbole de l’ennemi ; les moustaches tombantes, signe distinctif du personnage ; le sabre, qui rappelle le leitmotiv du chancelier, résolu à asseoir la grandeur de la Prusse « par le fer et par le sang ». Dans son uniforme impeccable et ses bottes cirées rutilantes, Bismarck ressemble à une figurine de plomb. Comble du ridicule et de l’ironie, pour éliminer les indésirables de la Confédération germanique, il est « armé » d’un immense balai et d’une pelle géante.

Interprétation

L’image de la Prusse

Devenu chancelier, Otto von Bismarck veut assurer l’hégémonie de la Prusse sur une Allemagne unifiée. Il pousse donc habilement l’Autriche à la guerre pour l’exclure de la Confédération germanique. Vienne écartée, Bismarck institue en 1867 la Confédération d’Allemagne du Nord qui rassemble les États allemands septentrionaux sous l’autorité d’un gouvernement fédéral dominé par la Prusse. En France, l’expansionnisme de la Prusse, considéré comme une menace de guerre, occupe déjà largement la presse. Mais après la guerre franco-prussienne (1870-1871) qui opposa « l’ennemi héréditaire » (la France) aux « Barbares » (les États allemands fédérés), les journaux français se font l’écho des mentalités patriotes et revanchardes envers la Prusse. L’annexion par Bismarck de l’Alsace et de la Lorraine, sans consultation de ses habitants, et les cinq milliards de francs-or versés par la France comme contribution de guerre, alimentent cette rancune. Après la fondation du Reich allemand et le couronnement de Guillaume Ier, la crainte de l’ennemi prussien s’inscrit durablement dans les mentalités françaises. Dans Le Charivari du 6 avril 1871, Daumier représente l’empereur allemand assis sur le trône de Charlemagne, coiffé d’une « couronne à pointe » et brandissant un os en guise de sceptre.

  • Allemagne
  • Bismarck (Otto von)
  • germanophobie
  • Hors-série franco-allemand

Bibliographie

Lothar GALL, Bismarck, le révolutionnaire blanc, Paris, Fayard, 1984.Henri GEORGES, La belle histoire des images d’Épinal, Paris, Le Cherche-Midi, 1996.John GRAND-CARTERET, Bismarck en caricatures, Paris, Perrin, 1890.

Notes

1. Kladderadatsch : journal humoristique et conservateur (« patatras » en français) fondé par Albert Hofman et David Kalisch

Pour citer cet article

Emmanuelle GAILLARD, « Bismarck, le chancelier de fer »


Video: Otto von Bismarck et la question sociale au cœur du leadership politique