La bataille de Reichshoffen, 6 août 1870

La bataille de Reichshoffen, 6 août 1870

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Titre : La bataille de Reichshoffen, 6 août 1870.

Auteur : MOROT Aimé (1850 - 1913)

Date de création : 1889

Date représentée : 06 août 1870

Dimensions : Hauteur 430 - Largeur 800

Technique et autres indications : Huile sur toile

Lieu de Conservation : Musée national du château de Versailles (Versailles) site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés

Référence de l'image : 68-005940 / MV6902

La bataille de Reichshoffen, 6 août 1870.

© Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés

Date de publication : août 2005

Contexte historique

Dès le début de la guerre franco-prussienne, en août 1870, les armées françaises subirent de graves revers en Alsace. La conséquence militaire de ces défaites fut, au lendemain du 6 août, la substitution de Bazaine à Mac-Mahon comme commandant en chef des armées françaises.

Analyse des images

C’est cet acte militaire absurde qu’Aimé Morot a retracé dans ce tableau. Mais l’incurie du commandement ne transparaît pas dans cette composition où les cavaliers semblent déferler irrésistiblement sur des Prussiens embusqués derrière les arbres. C’est une masse compacte à laquelle rien ne résiste qui est dépeinte, et, si l’artiste a montré la mort qui frappe les chevaux et leurs cavaliers, il apparaît évident au vu du tableau que la charge fut victorieuse. Prétexte à montrer l’héroïsme du soldat français, l’œuvre ne retrace rien des conditions déplorables dans lesquelles fut menée la charge. D’un point de vue formel, l’artiste reprend la vieille formule de la peinture de bataille, avec au premier plan des morts qui servent de repoussoir à l’action principale. Mais il n’y a plus ici de général victorieux : le moment choisi par Morot est celui de la mort du colonel de Lacarre, à gauche, dont la tête fut emportée par un boulet à la tête du 3e cuirassiers. Durant un certain temps, l’officier galopa sans tête à l’avant de son régiment. C’est le cuirassier qui fait le vrai sujet du tableau, son attaque impulsive, sans qu’aucun des militaires soit d’ailleurs mis en valeur par rapport aux autres. De ce fait, c’est à une réhabilitation du soldat français que se livre Morot, soldat dont la bravoure ne saurait être mise en doute, quitte à trahir la réalité de l’événement qui fut tout sauf intelligent. On notera aussi que les charges – c’est celle de Woerth qui est représentée ici – n’eurent pas lieu à Reichshoffen comme la légende s’est plu à le dire, et la bataille du 6 août porte en fait le nom de Froeschwiller ou de Woerth. Le mythe s’est donc très tôt emparé de ces charges, en leur attachant un nom et une gloire auxquels elles ne peuvent pourtant prétendre.

Interprétation

La légende imprègne ce tableau. À le regarder, on pourrait croire que la bataille fut victorieuse. En fait, c’est peut-être l’absurdité de ces charges qui par contrecoup en a provoqué le mythe. Il fallait séparer le soldat français, qui n’avait pas démérité, jusqu’à l’absurde pourtant, jusqu’au suicide, de son commandement. Réhabiliter le cuirassier revient à enfoncer le régime impérial et ses dignitaires, en particulier Mac-Mahon, mauvais général qui sera néanmoins président de la République de 1873 à 1879. Mais le tableau fut peint en 1889, au moment de la montée du boulangisme, qu’accompagnait un fort esprit de revanche. Réhabiliter le cuirassier de 1870, c’était mettre en avant le Français qui ne devait sa défaite qu’à un régime politique honni.

Ce tableau est à comparer avec la Charge du 9e cuirassiers dans Morsbronn d’Édouard Detaille (Reims, musée Saint-Remi). Cette œuvre montre toute l’absurdité d’une charge de cavalerie lourde dans la rue d’une ville. C’est donc la réalité qu’a montrée Detaille à l’inverse de Morot. Mais la date est pour beaucoup dans cette représentation : Detaille expose son œuvre en 1874, la défaite est encore dans tous les esprits, et c’est une vision sans concession, dans une période d’incertitude politique, qu’il y révèle. Le temps de la reconstruction de la France n’est pas encore venu, avec comme corollaire la revanche.

  • armée
  • batailles
  • figure héroïque
  • Guerre de 1870
  • Mac Mahon (Patrice de)

Bibliographie

Stéphane AUDOUIN-ROUZEAU, 1870.La France dans la guerre, Paris, A.Colin, 1989.

Pour citer cet article

Jérémie BENOÎT, « La bataille de Reichshoffen, 6 août 1870 »


Video: La Guerre de 1870