L’attentat de Sarajevo

L’attentat de Sarajevo

  • Tir mortel sur l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche et son épouse le 28 juin 1914

    SCHWORMSTÄDT Felix (1870 - 1938)

  • Arrestation de l'assassin Gavrilo Princip après l'attentat contre l'héritier du trône François-Ferdinand et son épouse

    ANONYME

Tir mortel sur l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche et son épouse le 28 juin 1914

© BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

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Titre : Arrestation de l'assassin Gavrilo Princip après l'attentat contre l'héritier du trône François-Ferdinand et son épouse

Auteur : ANONYME ( - )

Date de création : 1914 -

Date représentée : 28 juin 1914

Lieu de Conservation : Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz (Berlin) site web

Contact copyright : BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

Référence de l'image : 11-559988

Arrestation de l'assassin Gavrilo Princip après l'attentat contre l'héritier du trône François-Ferdinand et son épouse

© BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

Date de publication : septembre 2018

Contexte historique

Un retentissement international

Survenu dans un contexte international tendu entre les grandes puissances européennes, l'assassinat de l’archiduc François-Ferdinand héritier de l’Empire austro-hongrois et de son épouse Sophie Chotek duchesse de Hohenberg, le 28 juin 1914, connaît un immense retentissement dans tous les pays européens. Un des terroristes n’ose pas faire feu ; un autre lance sa bombe qui rebondit sur la capote de la voiture avant d’exploser, manquant ainsi sa cible ; et Gavrilo Princip lui-même est mal placé lors d’un premier passage de François-Ferdinand. Lorsque l’on s’aperçoit de l’erreur, on arrête le convoi pour le faire changer de route, offrant une nouvelle opportunité à Princip qui s’avance, grimpe sur le marchepied du véhicule et fait feu deux fois sur le couple, tuant François-Ferdinand et sa femme.

Ce dessin - paru quelques jours après l’attentat dans le Leipziger Illustrirte Zeitung, un périodique hebdomadaire à large tirage (100 000 exemplaires en 1914) - et cette photographie anonyme nous renseignent à leur manière sur ce moment historique.

Analyse des images

L’attentat et son auteur

Originellement en couleurs mais ici proposé en noir et blanc, Tir mortel sur l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche est un dessin de Felix Schwormstädt (1870-1938) peintre et célèbre illustrateur allemand. Avec un grand sens du mouvement et une certaine théâtralisation (voir l’expression de l’archiduchesse, en jeune femme vulnérable et apeurée), l’artiste choisit le moment critique et décisif, celui où Princip se précipite vers la voiture pour faire feu sur François-Ferdinand et sa femme - leurs visages sont fidèles à la réalité mais les costumes ne correspondent pas à ceux portés ce jour-là. On note également une certaine esthétisation du criminel (le bras puissant, le costume et la coupe de cheveux modernes, la posture déterminée et assez virile). À l’arrière-plan, une foule indécise et assez mouvante achève de donner une touche « historique ».

Arrestation de l'assassin Gavrilo Princip est un cliché anonyme pris le 28 juin 1914 (la mauvaise qualité de l’image laissant supposer qu’il s’agit en fait d’une reproduction de celui-ci). Après avoir été désarmé par des badauds présents dans la foule, Garvilo Princip est en premier lieu interpellé par la police. Ici, il serait plutôt encadré par des militaires austro-hongrois, vraisemblablement lors de son transfert au commissariat central de la ville. Le jeune homme de 20 ans apparaît plein cadre, assez proche de l’objectif, semblant occuper et organiser toute la composition de la photographie. Vêtu d’un costume civil sombre, les yeux et les cheveux très noirs, il se tient bien droit, une main derrière le dos. Le regard dans le vague, Princip semble détendu, un peu ailleurs, halluciné. Un léger rictus barre son visage, lui donnant un air à la fois étrange et fascinant.

Interprétation

Raconter le 28 juin : à la croisée des représentations

À la croisée de deux tendances iconographiques, les deux représentations témoignent différemment de cette journée du 28 juin 1914. Inscrite dans la grande tradition de la presse illustrée européenne du XIXe siècle dont elle reprend les codes et le style caractéristique, le dessin entend saisir et mettre en scène toute la dramaturgie de l’événement afin de la restituer au plus grand nombre. À mi-chemin entre le fait divers de roman (un crime dans la rue avec ses personnages stéréotypés, la stupeur et les expressions bien marquées des protagonistes) et le fait politique (la foule, l’identité des victimes), l’image fait de cet attentat un « grand moment » à la fois romanesque et historique.

On ignore qui a pris la photographie (un passant ? Un journaliste ? Un membre des forces de l’ordre ?), de même qu’on ne sait rien d’une possible utilisation ultérieure qui en aurait été faite (dans la presse ou au procès, comme pour d’autres photographies de l’arrestation), mais on constate que l’épisode de l’arrestation est ici rapporté de manière plus documentaire et « objective ». C’est justement cette sobriété qui fait ressortir le visage mystérieux ou même énigmatique de Princip, donnant toute sa force au cliché.

Ainsi, sur le premier document c’est un personnage qui surgit, dont le bras armé fait basculer l’intrigue, à Sarajevo et peut-être sur tout le continent. Sur la photographie, c’est un homme qui se détache de la masse assez uniforme des soldats, au centre de l’actualité et de l’attention.

  • assassinats
  • Europe
  • régicide
  • presse
  • Guerre de 14-18
  • attentat

Bibliographie

CLARK, Christopher, les somnambules : Été 1914 : comment l'Europe a marché vers la guerre, Paris, Flammarion, 2013.

COCHET, François et Porte, Rémy, Dictionnaire de la Grande Guerre 1914 - 1918, Paris, Robert Laffont, 2008.

KRUMEICH, Gerd, Le feu aux poudres. Qui a déclenché la guerre en 1914 ?, Paris, Belin, coll. « Histoire », 2014.

VALLAUD, Pierre, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

Pour citer cet article

Alexandre SUMPF, « L’attentat de Sarajevo »


Video: Le souvenir de François-Ferdinand - le mag